Dans un monde qui subit des transformations à grande vitesse, le Maroc se dresse comme un pays stable qui, malgré les
différentes sensibilités culturelles qui existent sur son sol, résiste aux éclatements politiques qui sont dans la plupart des cas basés sur des différends culturels.
En effet, un simple suivi de l’actualité mondiale et régionale nous
montre clairement que les différends culturels sont à l’origine de pas mal de maux politiques, de différentes crises sociales voire même de multiples putschs qu’ils soient pacifiques ou
sanguinaires.
Le risque de verser dans de tels éclatements est d’autant plus accentué quand on se situe dans un pays multiculturel
comme le Maroc. Chaque culture en présence revendique son droit de citer dans les médias nationaux, chaque culture se sent lésée si par mégarde on oublie de lui faire allusion dans une cérémonie
nationale, chaque culture veut s’octroyer un poste politique seul garant à ses yeux du respect de son droit.
Face à cette situation qui frôle la crise politique, on ne peut que déclarer que l’avenir de tout pays est tributaire
d’une bonne gestion voire une bonne gouvernance des cultures qui le constituent. Ceci nous amène à se poser des questions légitimes sur les efforts entrepris par le Maroc pour parer à cette
difficulté. Alors, comment tirer le meilleur profit de ce genre de situations qui sont à première vue conflictuelles ? Comment désamorcer ces bombes à retardement ? Comment minimiser le
danger qui guette ce type de société dites multiculturelles ?
On peut ne pas croire aux panacées mais dans ce cas de figure, on peut dire sans avoir froid aux yeux et avec tout le
sérieux que demande un travail universitaire que l’éducation à l’interculturel est un vrai remède à tous les maux sociaux que peut rencontrer une société multiculturelle.
Oui, nous pensons que la solution se situe au niveau de l’éducation, mais il s’agit d’une éducation bien spécifique
qui cherche à créer une synergie entre les différentes cultures qu’on peut rencontrer au sein d’un multiculturalisme.
L’interculturalité ou l’éducation à l’interculturel est un concept émergent en continuel développement et qui trouve
ces échos dans divers champs disciplinaires. Salué, pratiquement, par toutes les instances internationales, l’interculturel est en passe de devenir une condition sine qua non de la réussite de
tout échange entre humains et le garant de toute intercompréhension au sein des sociétés multiculturelles.
Il est intéressant de remarquer que les définitions de l’éducation à l’interculturalité font légion et que chacun de
nous pourrait les reproduire ou les interpréter selon ses propres convictions. Cependant, nous allons nous appuyer dans ce dossier sur une définition figurant dans le rapport
canadien de Chancy et de F.Ouellet, qui stipule qu’ « …on peut appeler interculturelle l’éducation qui vise à
former des personnes capables d’apprécier les diverses cultures qui se côtoient dans une société multiculturelle, et donc d’accepter d’évoluer au contact de ces cultures pour que cette diversité
devienne un élément positif, enrichissant de la vie culturelle, sociale et économique du milieu » .
Il faut signaler que le choix de cette définition a été opéré grâce à son invitation claire à positiver la différence
dans le processus universel de développement humain – et c’est le cas de tout processus de socialisation – ce qui ne peut qu’encourager le respect
des cultures minoritaires et faciliter l’échange, la communication et l’interaction entre les membres de n’importe quel groupe social. En outre, cette définition double son intérêt par sa
capacité à s’ajuster à toutes les sociétés étant donné que la majorité des sociétés actuelles sont multiculturelles ou du moins – pour des raisons politiques, économiques, sociales… - encouragent
une telle perspective. En bref, éduquer à l’interculturel c’est chercher à doter les membres de la société d’habiletés pour apprivoiser la différence, pour préserver les particularités et pour
partager les ressemblances.
Nous sommes là face à trois objectifs nécessaires à toute éducation à
l’interculturalité, et il faut faire attention à ne pas les considérer comme des sphères indépendantes qu’on devrait réaliser d’une manière séparée. Au contraire, ces objectifs sont ordonnés et
extrêmement liés les uns aux autres, dans la mesure où la réalisation de l’un est totalement tributaire du degré de réussite des précédents.
La première étape, donc, est une étape de sensibilisation aux différences, un premier pas vers l’acceptation de
l’autre. C’est grâce à cela qu’on peut aspirer à une certaine accoutumance aux autres cultures, aux autres traditions et aux autres visions du monde qui existent dans notre société.
Certes, cela peut apparaitre un peu exagéré
mais il faut penser aux aspects bénéfiques d’une telle entreprise. C’est elle qui adoucit et défriche un peu le terrain avant toute intervention qui parfois peut s’avérer
violente.
Ensuite, la deuxième étape vise la
préservation des particularités de toutes les sensibilités sociales. C’est un gendarme culturel qui veille à ce que les droits d’existence et le droit de citer soient respectés au sein d’une
société et que les minorités (visibles ou non) soient préservées de toute tentative d’éradication ou de discrimination.
Et finalement, et c’est là l’étape la plus importante à notre sens, il faut encourager la notion du partage des
ressemblances. Si on arrive à sensibiliser et à préserver sans atteindre cet ultime objectif qui consiste à partager on ne peut pas prétendre éduquer à l’interculturel.
L’éducation interculturelle est un phénomène qui concerne toutes les couches sociales qu’elles soient majoritaires ou
minoritaires. Ce qui revient à dire que cette éducation n’est pas l’apanage d’une institution au détriment des autres, mais l’affaire de tout le tissu social. C’est ainsi que toutes les
institutions publiques ou privées, les médias, les associations, les mouvements de jeunesse, et les écoles ; tous doivent concourir à la diffusion de comportement respectant la
diversité sociale.
Toutefois, l’école qui est un échantillon représentatif de la société - le miroir et la pépinière de la société avenir
– constitue un terrain très prometteur pour la diffusion de l’interculturalité. Elle est, donc, invitée à instaurer des mécanismes pour intégrer les
valeurs et les comportements –interculturellement corrects- dans les activités pédagogiques.
Le problème de l’éducation à l’interculturalité c’est qu’elle est toujours tributaire d’une décision politique. Et ce
n’est qu’au moment où on obtient l’aval des politiciens qu’on doit commencer un long processus de militantisme pour arriver à appliquer les trois objectifs précités.
La première opération qu’on devrait effectuer pour aspirer à une intégration de l’interculturalité à l’école c’est lui
préserver déjà une place dans les curricula. Passer cette étape, il faut penser à ceux qui auront la lourde tâche de pratiquer ce type d’éducation.
Ce processus d’intégration de l’éducation interculturelle au sein de l’école nécessite une solide formation des
enseignants. Un professeur sympathisant avec les minorités et les différences, un éducateur pacifiste voire même un citoyen du monde ne servent absolument à rien dans cette perspective
d’éducation. Il est insuffisant de tolérer la différence pour prétendre sensibiliser ou éduquer à l’interculturel.
En effet, l’enseignant doit – en plus d’être lui-même éduqué à l’interculturel – connaître les particularités des cultures en présence dans sa
classe, doit prendre en charge le traitement pédagogique des ressemblances aussi bien que celui des différences et doit être capable de résoudre les situations conflictuelles qui guettent tout
groupe classe.
Il est à signaler, aussi, que la simple connaissance des particularités identitaires ou de la culture de l’autre ne
pourrait aucunement prétendre être une démarche interculturelle. Une véritable pédagogie interculturelle est celle qui s’appuie sur des connaissances, sur des savoirs pour produire des savoirs
être et des habiletés capables d’induire les bons comportements sociaux sans altérer les particularités de personne.
Par ailleurs, le temps des politiques éducatives qui aspirent à
l’assimilation des populations en présence dans un système éducatif et qui cherche à créer une unité selon les visions de la majorité qui gouverne est révolu ; l’éducation interculturelle
cherche une unité certes, mais elle l’envisage d’une autre manière. Elle envisage une unité qui respecte et intègre les différences de toutes les sensibilités existantes dans un groupe.
En outre, enseigner à l’interculturalité dans une classe de langue en générale et dans la classe de F.L.E en
particulier suppose outre le respect des fondements de tout acte interculturel, une réflexion sur les mécanismes et les activités pédagogiques capables de faciliter ce type d’éducation, et aussi
une autre réflexion sur les modalités d’intégration de ces activités dans un planning -pas toujours allégé- comme celui d’une classe de langue.